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Affaire esperluette Est-ce
la même réflexion qui fonde la création du caractère
selon que le caractère est plomb ou numérique ?
Franck Jalleau Pour le numérique,
on ne fait plus qu'un dessin pour tous les corps. C'est un changement
considérable. Dans le plomb, on n'avait pas le choix : si
on voulait composer un ouvrage en corps dix, on était obligé
de graver une série de caractères en corps dix. Nous
nous fixons une moyenne : sur le caractère numérique
de texte, ma ligne de mire sont des corps courants de lecture, du
corps 9 au corps 13. En ce qui concerne la conception-même
du caractère, les contraintes sont donc les mêmes :
on est au service du lecteur, au service du texte puisque c'est
lui qui va décider le graphiste à choisir tel ou tel
type de caractères. On ne prend pas n'importe quelle fonte
pour dire n'importe quoi.
AE Au niveau de l'utilisation,
c'est donc la même chose. Il n'y a pas de différence
entre l'utilisation d'un caractère plomb qui aurait été
numérisé et un caractère numérique ?
Franck Jalleau Une fois de plus
c'est le choix du graphiste : s'il veut mettre un Frutiger avec
un Romain du Roi, pourquoi pas
Beaucoup de caractères
plombs ont été numérisés. C'est ce qu'on
qualifie de réhabilitation de caractères typographiques
: le Galliard est une interprétation du Grangeon, comme toujours
d'ailleurs : parce qu'on ne fait qu'un dessin pour tous les corps,
au bout d'un moment, on oublie le modèle historique pour
s'emparer de l'ensemble de dessins qu'on vient de réaliser.
À la sortie, il est tout de même préférable
que la couleur du caractère se rapproche un petit peu du
modèle historique. Surtout ici où cela a toujours
été le but du jeu : on n'a jamais cherché à
développer du Romain du Roi en extra bold. Ce n'est pas du
tout notre démarche qui est plus culturelle. Mais il est
dommage de garder des caractères dans des caisses quand on
pourrait les vendre.

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