" C'est aux élèves de faire le voyage. On leur fournit juste le ticket open ! "


Affaire esperluette C'est la singularité et la richesse de votre métier que vous apprenez à vos élèves ?

Franck Jalleau Je préfère leur parler de ça plutôt que d'aller les emmerder sur des petits trucs ; il m'arrive de le faire quand ils ont passé un cap après lequel il faut fouiller plus loin pour les amener à se trouver, à s'apprendre.

AE Qu'en retirent-ils ?

Franck Jalleau Les échos sont relativement bons. Sur les 60 ou 70 qui sont sortis depuis dix ans, pas un seul n'a changé de métier.

AE Combien de jeunes élèves choisissent la création de caractères à Estienne ?

Franck Jalleau On en prend très peu, entre six et huit par an sur des promotions de 30 à 70 personnes. C'est une formation qui fait un peu peur : la Lettre, l'écriture, le travail de copiste, tout ceci a un côté laborieux. Les gens qui rentrent sont déjà très au courant de ce qui les attend et certains ont des surprises fabuleuses.

AE Quelle fierté en retirez-vous ?

Franck Jalleau Nous ne sommes pas des professeurs avec un grand " P ", mais plutôt des intervenants : nous n'avons jamais dissocié nos activités professionnelles de l'enseignement.

François-Marie Mallet Lorsque je donne des cours, ce qui m'intéresse est d'être un catalyseur. Chacun fait ce qu'il veut du message : certains le reçoivent et l'enterrent, d'autres y trouvent une stimulation. Ce qui est surtout satisfaisant, c'est de leur dire que ça existe : c'est à eux de faire le voyage. On leur fournit juste le ticket Open !

Franck Jalleau Ce qui m'intéresse dans l'enseignement, c'est cette confrontation avec des étudiants qui ont des choses à dire, et puis l'obligation de clarifier les automatismes qu'on peut acquérir en 15 ans de dessins de caractères. Cela vous pousse à trouver des raccourcis.

École Supérieure Estienne