" Si on ne sauve pas ces métiers, on va droit à l'appauvrissement. Regarder une machine dans une bulle en verre, c'est terrible. "


AE Quand vous travaillez, pensez-vous aux métiers qui ont fait les vôtres, à tout ces métiers qui disparaissent ? Quelle trace en reste t-il ?

Franck Jalleau Je dois être un des rares en France à travailler en collaboration ou à échanger des choses avec Christian Paput, graveur français de poinçons typographiques.

François-Marie Mallet Tous les mots que nous utilisons viennent de là. On ne peut pas renier ce qui nous fait à présent. On y pense sans y penser…

Franck Jalleau Surtout ici, à l'Imprimerie nationale où on est toujours attiré à tripoter du plomb, du bois. Bon, maintenant, Gutenberg ne m'empêche pas de dormir… !

AE Que pourrait-il être fait pour sauver ses métiers-là ?

Franck Jalleau Une fois de plus, cela ne nous incombe pas vraiment individuellement : il faut maintenant une décision de pouvoir parce qu'il faut de l'argent. On peut tout à fait concevoir un conservatoire vivant… On en a largement débattu et on en débat encore : c'est vraiment d'actualité. Si on ne sauve pas ces métiers, on va droit à l'appauvrissement. Regarder une machine dans une bulle en verre, c'est terrible. Je me dis que quelqu'un ne pourra pas, par simple envie et non pour en faire son métier, manipuler, essayer de comprendre les choses… Cet enseignement va disparaître, et ça, c'est assez intolérable. Dans 20 ans ou 30 ans, on dira : " Mais qu'est-ce qu'ils étaient cons à cette époque-là ! ". À la Révolution, on démolissait les monastères, et aujourd'hui on dit : " Qu'est-ce qu'ils étaient cons à la Révolution ! " C'est l'histoire des hommes.

Le patrimoine typographique de l'Imprimerie nationale